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Sommes-nous tous naturellement bons ?

Sommes-nous tous naturellement bons ? vendredi 23 octobre à 16h30 En ligne

Au psychologue Jacques Lecomte, qui soutient cette thèse, répondent un psychanalyste et deux philosophes.

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Sommes-nous tous naturellement bons ?
Par Christilla Pellé-Douël

En ces temps de massacres, d'attentats, de guerres et de faits divers tragiques, assurer la prééminence de la bonté chez l’homme sonne comme une provocation. Au psychologue Jacques Lecomte, qui soutient cette thèse, répondent un psychanalyste et deux philosophes.

« L’être humain a des potentialités pour la bonté comme pour la cruauté. À côté de tendances potentiellement agressives (que je ne cherche nullement à nier) sont présentes, et de manière plus importante encore, des tendances à l’empathie, à l’altruisme, à la coopération. » Une telle affirmation a aujourd’hui de quoi surprendre ! C’est pourtant la thèse que défend Jacques Lecomte, docteur en psychologie, dans La Bonté humaine.
Difficile au premier abord d’y adhérer : comment ne pas avoir aussitôt en tête les récents attentats, les génocides, du Cambodge au Rwanda, l’extermination des Juifs, le raffinement de sadisme et de cruauté, l’imagination sans limites pour infliger la souffrance aux autres ? Comment peut-on parler de bonté naturellement présente chez les hommes lorsqu’il suffit d’observer une cour de récréation, où humiliations et méchancetés s’exercent à plein ?
Comment ne pas avoir à l’esprit les travaux de Darwin sur la survie des espèces, ou ceux de Konrad Lorenz sur l’histoire naturelle du mal ? Comment faire fi des théories freudiennes sur les pulsions de vie et de mort, ou de l’analyse de la philosophe Hannah Arendt à propos de la banalité du mal ? L’on pourrait ainsi accumuler les exemples de violence spontanée, de désir de faire souffrir…
Le retour de Rousseau
Et pourtant, Jacques Lecomte n’est pas le seul à faire émerger l’idée – rousseauiste –, appuyée sur des études psychologiques et comportementales – comme celle menée en 2005 par Douglas Fry (The Human Potential for Peace (Oxford University Press, 2005, en anglais)), de la présence fondamentale de l’altruisme et de l’empathie chez les humains. Tout le courant de la psychologie positive et d’auteurs tels que le médecin et psychothérapeute Thierry Janssen vont dans ce sens. Il serait réconfortant d’opter pour cette hypothèse. Mais est-ce possible ?
« Oui, la violence est une réponse par défaut »
Jacques Lecomte, docteur en psychologie
« L’opposition binaire entre le bien et le mal est excessive. L’être humain possède des potentialités pour les deux. Mais la potentialité à la bonté et à l’empathie est plus importante que l’inverse. Des études ont révélé que les bébés qui commencent juste à marcher, dès l’âge de 1 an, peuvent aider spontanément des adultes en difficulté pour ouvrir un meuble. La neurobiologie montre qu’il existe des zones cérébrales de la satisfaction et de la récompense qui sont activées lorsque l’on se montre généreux.
Inversement, les zones du dégoût et de l’aversion le sont lorsque nous sommes face à une injustice. Les neurones miroirs nous font ressentir la douleur chez l’autre. Sur ce substrat viennent se greffer l’éducation, le milieu, la culture. Dans les relations humaines, la violence n’est qu’une attitude par défaut.
Si l’on examine la guerre, la thèse selon laquelle elle est spontanée pour les hommes est battue en brèche. Il y a une véritable répugnance à tuer chez l’humain, et, s’il le fait, cela entraîne la plupart du temps de la culpabilité. D’où l’utilisation du conditionnement, de l’entraînement, de la drogue, de l’alcool, de la soumission à l’autorité pour obtenir la violence.
Ce qui existe, c’est le goût de l’action et la recherche de sensations, tendances souvent associées à la violence. On peut l’observer au travers des jeux vidéo : si l’on propose à de jeunes accros des jeux aussi actifs et pleins de sensations, mais non violents, leur satisfaction est équivalente, voire supérieure.
Oui, le goût de la violence pure existe, mais elle ne concerne qu’un ou deux pour cent de la population, chez les sociopathes. L’homme n’est pas un loup pour l’homme. »

« Oui, à condition que l’on soit attentif aux émotions de l’enfant »
Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste
« Cette question hante la philosophie et la littérature depuis leurs origines, mais elle est posée différemment depuis quelques années. L’homme est autant un produit de ses cultures que de la nature. Une discipline nouvelle, l’épigénétique, étudie d’ailleurs la façon dont l’environnement favorise ou inhibe la manifestation de nos gènes.

La capacité de se mettre à la place de son prochain et de le traiter comme un semblable, qui est à l’origine de la compassion et de l’entraide, ne fait pas exception : elle fait intervenir à la fois des facteurs de reconnaissance émotionnelle et cognitive innés, et l’intériorisation d’un premier partenaire émotionnel privilégié.
C’est la condition pour être capable d’établir avec autrui des relations de réciprocité dans lesquelles nous le percevons comme pourvu de sensibilité au même titre que nous, et pas seulement comme un simple objet.
Malheureusement, l’enfant qui n’a pas été accompagné précocement dans ses émotions a souvent de la diffi culté à installer cette présence à l’intérieur de lui. Il peine à reconnaître ce qu’il ressent, à identifi er les émotions d’autrui et à les partager. Et, lorsqu’il se sent incompris, il pense que son interlocuteur a des intentions malveillantes à son égard. La suite est connue : il peut devenir hostile, manipulateur, violent… Tout l’éventail de la cruauté dont il est capable se déploie. Alors, l’homme est-il “naturellement” bon ?
Oui, à condition de venir au monde dans un milieu attentif à ses préoccupations légitimes. À défaut, il peut le devenir… à condition d’être né avec un solide sens de l’humour! »


« Non, sauf si nous accédons à notre vie intérieure »
Bertrand Vergely, philosophe
« Rousseau explique que la bonté humaine existe, car les êtres humains n’ont aucun désir spontané de souffrir et de faire souffrir, sans quoi l’humanité aurait disparu depuis longtemps. Les hommes sont dotés d’empathie, qualité qui, pour Levinas, est “la bonté, cette capacité à se mettre dans la peau de l’autre”. Cependant, le mal existe car l’homme a perdu cette capacité, il a remplacé la bonté par le goût du pouvoir et de la richesse.
Le problème n’est donc pas de savoir si la bonté existe, mais bien plutôt pourquoi elle n’existe plus. L’environnement social est tellement saturé de violence que les modèles d’identification sont devenus ceux de la rivalité, de la possession et de l’agressivité. Les Athéniens s’en plaignaient déjà…
Rousseau et René Girard posent la question de l’apparition de l’envie et de la violence dès que les humains perdent le contact avec leur vie intérieure et s’extériorisent, se comparent aux autres. Un retour vers soi est donc l’ouverture vers la bonté, c’est ce passage vers l’intériorité qui nous sauve.
Le philosophe Alexandre Jollien a écrit cette très jolie phrase : “Si je me compare aux autres, je suis mort.” La vie intérieure nous permet de vivre la vie sociale à partir de ce socle, d’éviter le conformisme, de ne pas aller contre ses propres intuitions. Il existe partout des exemples de dévouement, d’empathie, d’altruisme, tout autant que de cruauté.
La vision extraordinairement profonde de Rousseau nous permet de ne pas tomber dans le pessimisme le plus noir : nous sommes tous dotés de cette capacité originelle à la bonté. C’est ainsi que nous combattrons le cynisme et le désenchantement. »

« Non, nous sommes tous capables du pire comme du meilleur »
Michela Marzano, philosophe
« Je suis convaincue que, intrinsèquement, l’homme n’est ni bon ni mauvais. Tout est fonction de l’époque, des circonstances, de l’environnement social, économique. Nous sommes tous capables du meilleur et du pire. Rien n’est immuable.
Longtemps, on a pensé que la compassion était innée. La psychanalyse nous a appris qu’il n’en était rien. La culture, par exemple, n’est pas un rempart suffisant contre la barbarie. L’exemple du nazisme, qui a surgi dans l’une des cultures les plus raffinées, nous l’a bien montré. L’éducation et la culture sont nécessaires, mais ne suffisent pas. Hannah Arendt nous a parlé de la banalité du mal dans ce sens-là.
En être conscient est un premier pas, sensibiliser les jeunes à cette question pourrait peut-être, je dis bien peut-être, nous éviter de connaître à nouveau le pire. Nous sommes des êtres pulsionnels : il ne s’agit donc pas de diaboliser la violence, au sens où elle nous constitue, elle ne nous est pas extérieure : elle est profondément humaine et ne peut donc être éradiquée.
Il nous faut composer avec elle, la connaître pour la limiter. Peu importe ce qui est à l’origine, le bien ou le mal. Il y a des questions qui restent sans réponses.

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